Chevalier.

Réalisation : Stephen Williams.
Scénario : Stefani Robinson.
Production : Cornelia Burleigh, Ed Guiney, Andrew Lowe, Dianne McGunigle, David Minkowski, Emily Morgan, Zahra Phillips, Andrew Riach, Stefani Robinson et Matthew Stillman.
Musique : Kris Bowers.
Société de production : Element Pictures, Searchlight Pictures et Stillking Films.
Distributeur : Searchlight Pictures.
Première mondiale : 11 septembre 2022 (Toronto).
Date de sortie USA : 21 avril 2023.
Date de sortie française : 16 juin 2023.
Titre original : Chevalier.
Durée : 1h47.
Budget : Inconnu.
Box-office mondial : 3,7 millions de dollars.
Box-office USA : 3,5 millions de dollars.
Entrées françaises : Inconnue.
Résumé.
Joseph Bologne est un violoniste et compositeur franco-caribéen qui va se faire un nom dans la monarchie française sous les yeux de Marie-Antoinette, devenant le « Mozart noir ».
Casting.
Joseph Bologne, Chevalier de Saint-Georges : Kelvin Harrison Jr. (VF : Mike Fédée).
Marie-Joséphine de Montalembert : Samara Weaving (VF : Elisabeth Ventura).
Marie-Antoinette : Lucy Boynton (VF : Nastassja Girard).
Marquis de Montalembert : Marton Csokas (VF : Lionel Tua).
Marie-Madeleine Guimard : Minnie Driver (VF : Rafaèle Moutier).
Guillaume Poncet de La Grave : Alec Newman (VF : Inconnue).
La Arnould : Jessica Boone (VF : Inconnue).
Philippe : Alex Fitzalan (VF : Gauthier Battoue).
Le saviez-vous ? Anecdotes et coulisses.
Chevalier est tiré d’une histoire vraie, celle de Joseph Bologne de Saint-George, aussi appelé « le chevalier de Saint-George » et le « Mozart noir ». Il s’imposa en Europe au XVIIIe siècle en tant que premier compositeur d’ascendance africaine.
Le projet débute en 2020.

Le tournage s’est déroulé en République Tchèque.
Notre critique de Chevalier.
Les adaptations de faits réels ont souvent de beaux résultats et cet événement quasi méconnu de l’Histoire de France va devoir le prouver.


On reconnait qu’effectivement, le scénario est de toute beauté. Il va ainsi aborder plusieurs thématiques qui sont encore d’actualités. Mais c’est avant tout le parcours d’un homme. Même si on pourrait regretter quelques périodes passées de manière très rapide (comme les débuts de Joseph), on y voit ainsi son ascension, sa gloire mais aussi sa chute. Une chute non pas par une perte de qualité mais par les mentalités de l’époque. On touche là le premier sujet majeur du film : le racisme. À cette période, être un « nègre » ne permet pas d’avoir les mêmes droits. Pourtant au début il y a une forme d’ouverture d’esprit en plus d’un sentiment de curiosité qu’un noir surpasse les artistes blancs. Mais quand il atteint le sommet et la possibilité d’obtenir un poste prestigieux, tout le monde se retourne contre lui. On découvre alors comment les gens peuvent briser une vie après avoir fait tant espéré. C’est vraiment bien géré et très prenant. L’ensemble du scénario offre en plus son lot d’émotions bien que nous n’aurions pas été contre en avoir davantage.
Puis vient évidemment la romance. Nous ne sommes pas là dans une intrigue amoureuse caricaturale qui est trop guimauve. Là encore, le dosage est parfait. On y croit car c’est un amour interdit entre un artiste noir venant du bas de l’échelle qui a grimpé avec une femme blanche et mariée du haut de l’aristocratie. Deux mondes s’affrontent et si l’amour est beau en secret, les répercussions sont importantes surtout quand l’image importe plus que les sentiments. Dans les autres sujets abordés, même si malheureusement pas aussi approfondi qu’espérer, il y a le fait que dans les rues, le peuple commence à gronder, menant plus tard à la Révolution française. Certes, ce n’est pas le sujet principal du scénario mais il y avait là une forme d’écho à ce qui se passe dans la vie de Joseph en son for intérieur.


Rien à redire sur le casting qui est excellent, des principaux aux secondaires. Joseph est un personnage très bien construit. Se sentant abandonné par sa famille dès l’enfance, il va se forger une force de caractère mais aussi un nom. Parfois égocentrique, c’est plus le fait qu’il a tout fait tout seul pour se surpasser et atteindre ce que personne n’aurait cru pour lui. Il y a une forme de solitude cachée car il doit aussi subir le racisme des autres, jusqu’à recevoir toutes les insultes. Il est conscient de son talent et il est d’autant plus frustré que malgré ça, il n’est pas considéré comme l’égal des autres. La deuxième partie du film va le montrer plus blessé, meurtri, jusqu’à partir en vrille avant de se relever. L’autre grand rôle est celui de Marie-Joséphine. Cantatrice à la voix d’or, elle est talentueuse et va tomber amoureuse de Joseph malgré son mariage. Elle joue à un jeu dangereux car elle veut sa liberté et ne pas être dans la case « femme de ». Mais son rang la rappelle et elle ne sait plus quoi faire.
Les seconds rôles sont vraiment utiles. Philippe est le soutien de Joseph mais aussi un homme de pensée qui veut changer les choses, menant à ce qui donnera la Révolution. L’époux de Marie-Joséphine est l’image même de la bourgeoise qui dénigre les inférieurs. Le rôle surprenant est celui de Marie-Antoinette. Reine de France, amoureuse des arts, ami de Joseph auquel elle lui fait des louanges, jusqu’à ce que malheureusement cette relation lui fait de l’ombre. De plus, elle sait que le peuple commence à se retourner contre elle et elle va devoir choisir entre une amitié ou sa place.


Pour continuer dans la qualité, la réalisation ne cherche pas à rester dans sa zone de confort. Le metteur en scène aime jouer de la caméra pour faire des transitions d’ellipses temporelles ou pour donner encore plus de rythmes. On apprécie ainsi quand un chant est entrecoupé de plusieurs séquences pour nous montrer différentes actions en même temps donnant une forme de grâce à du dramatique. Car oui, la musique et le chant ont une grande place ici. Que vous aimez ou non le genre, difficile de contester le plaisir que cela procure. Au-delà des musiques d’opéra ou de violons endiablés, la bande originale du film apporte un côté épique et envoûtant. Nous sommes aussi dans un film d’époque et les costumes sont réussis de même que les décors. Même si sur ces derniers, certains plans d’ensemble de Paris sentent un peu trop le numérique.
Chevalier est une partition sublime qui touche et qui met en lumière un artiste de talent dans une période sombre de la France.

